L’Université Buissonière de Steve Jobs.

Par Don Carol.

Je referme le livre sur la vie de Steve Jobs écrite par Walter Issacson  en me demandant quelles sont les clefs de son succès de grand entrepreneur. Et bien il y en a beaucoup!

A part le fait que les universités n’ont pas eu l’occasion de tuer sa créativité qu’il attribue à sa consommation de LSD et de musique, son succès tient en résumé  à deux passions qui cohabitent rarement dans un même cerveau, l’Art et la Technologie. Auxquelles il faut ajouter plusieurs talents et une ribambelle d’excellents défauts.
On n’a pas fini d’analyser le personnage mais j’espère que nous n’allons pas mettre tout cela en recette de leadership training – Voir l’article précédent “Le Leadership Training, Ca Suffit!”.

Steve Jobs était un vrai entrepreneur: Visionnaire, créateur, emmerdeur, obsessionnel, pressé, perfectionniste et hypersensible. Il courrait le plus vite possible pour rattraper ses visions, enrôlait les meilleurs professionnels pour assurer la réussite de ses projets, tuait ceux qui n’allaient pas dans le même sens que lui, prenait seul, et en une seconde, des décisions que la plupart des entreprises de la taille d’Apple mettent des mois à pondre, jetait parfois à la poubelle des projets très avancés pour focaliser ses équipes sur le seul projet qu’il pensait gagnant, négociait offensivement, alternant agitation passionnée et silences (avec son fameux regard quasi hypnotique) allant même jusqu’à taper du pied et pleurer au milieu de ses réunions. Enfin l’argent pour lui a toujours été un moyen et une conséquence de la réussite de l’innovation, jamais l’argent n’a été un but.
C’etait donc une personnalité . Et vous le savez, la personnalité se trouve en version 1.0 dans l’ADN. Ensuite c’est à chacun de se former, et de s’éduquer soi-même pour passer à la version 2.0 et suivantes.

Steve Jobs avait le talent de visionnaire. Cela veut dire qu’il “voyait” ce qu’il fallait faire comme si la photo des produits étaient sous les yeux. Ses collaborateurs ne pouvaient voir ces produits qu’à travers lui. Il était donc bien obligé, comme tout leader impatient qui se respecte, d’imposer la réalisation exacte des images qui le hantaient, de s’assurer que leur construction soit fidèle à son plan, quitte à contrôler chacun pas à pas, voir à se débarrasser de ceux qui se mettaient, eux aussi, à avoir des visions, car on ne peut pas être deux à tenir le pinceau. En langue Franco-socialo-catholico-marxiste ce sont les pêchés capitaux du patronat.  Mais en langue business cela s’appelle créer des produits, des emplois et développer les talents de ceux qui ne sont pas des leaders.

Et demandez donc à ces gens là si l’expérience de travailler pour un grand leader tyrannique comme Steve Jobs, n’a pas été le sommet de leur existence professionnelle! Cet homme a su développer leurs talents. C’est aussi leur réussite à eux. Comme quoi, réussir sa vie professionnelle c’est faire “ce pour quoi” on est fait. Ce n’est pas tenter de suivre la mode du leadership en pensant que c’est la seule noblesse possible dans le travail.

Notre enseignement français, bien plus généraliste que l’enseignement américain, fait merveille jusqu’à un certain point. Il répond bien à notre esprit paysan et bricoleur inventif en ouvrant toutes les cases. Ce qui lui manque c’est de précéder son temps, et d’enchaîner à la formation générale un programme de découverte des talents. Il y a dans certaines universités américaines une classe parallèle qui dure 6 mois et qui permet de cerner d’assez près les diverses voies dans lesquelles chaque étudiant a le plus de chance de se faire plaisir en travaillant. Et comme les erreurs d’orientation existent, il reste toujours la possibilité de retourner plus tard apprendre autre chose car les universités sont ouvertes à tous les âges.

Alors quelques suggestions sarcastico-humorisiques pour une formation complémentaire adaptée à son temps qui viendrait apporter aux talents de chacun les outils qui lui seront nécessaires:

– Au préalable il serait souhaitable de fumer un peu dans sa jeunesse pour libérer les cellules et développer les connections créatives. Cette condition qui a merveilleusement réussit à Steve Jobs semble être déjà assez bien appliquée partout. On devrait voir arriver sur le marché du travail une armée de créatifs !
– Pour la branche qui souhaite se spécialiser dans le commerce, un stage de dealer, dans une grande capitale, donnera une solide base de négociateur et de manager sans peur ni états d’âme.
– Pour ceux qui se destineraient à la politique, il serait bon de suivre des formations spécialisées pour “Apprendre à mentir en regardant droit dans les yeux”, “Faire des promesses que l’on sait que l’on ne tiendra pas”, “Semer la division par des insinuations habiles”.
– Pour ceux qui se destineraient aux carrières juridiques, il faudrait pratiquer plus particulièrement deux sports : le slalom, pour passer entre les lois et l’art martial de la menace en souriant largement.
– Une carrière dans l’administration sera mieux préparée en évitant soigneusement tout contact avec les entreprises privées qui gagnent l’argent qu’ils dépensent:: ils risqueraient d’avoir des remords en travaillant peu pendant 25 heures avec salaire garanti et avantages associes.
– Pour le secteur bancaire, aucune formation ne sera nécessaire à part une sélection parmi les plus frileux en prêts et les plus filous en placements.
– Pour tous ceux que les média audio-visuels intéressent et qui possèdent des QI élevés, il sera préférable de se diriger vers d’autre branches car ils ne sauront pas produire de bons reality shows.
– N’oublions pas d’apprendre le chinois, ce serait dommage de ne pas pouvoir parler avec la première puissance mondiale.

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About DonCarol

Mentor and coach to managers and entrepreneurs. Author of an essay on cultural differences in work and daily life between France and America. Carries more than 20 years of experience in international fortune 500 corporations before to start his own company.
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3 Responses to L’Université Buissonière de Steve Jobs.

  1. MarcoNouche's avatar MarcoNouche says:

    ”Notre enseignement français, bien plus généraliste que l’enseignement américain, fait merveille jusqu’à un certain point. Il répond bien à notre esprit paysan et bricoleur inventif en ouvrant toutes les cases. Ce qui lui manque c’est de précéder son temps, et d’enchaîner à la formation générale un programme de découverte des talents”.
    Or donc, il y aurait des choses que les Français réussissent. A l’insu de leur plein gré?
    Bises

  2. Marc Riso's avatar Marc Riso says:

    Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer Steve Jobs mais la description qu’en donne Carol me rappelle de façon étrange quelqu’un avec qui j’ai travaillé pendant presque 20 ans. Tout y est à part la fumée…

    Marc

    • DonCarol's avatar DonCarol says:

      et aussi a part la réussite extraordinaire des ses produits… merci quand meme mais j’ai aussi pense a quelqu’un avec qui j’ai travaille pendant 20 ans, ne s’appelait il pas Marc ?

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