Parallèle entre les Stratégies de Survie dans le monde animal et le monde des entreprises. (3) Troisième partie
Par Don Carol
Troisième partie : les différentes stratégies employées par les animaux pour manger, ne pas être mangé et s’adapter aux conditions afin de se reproduire.
Rappel : Il peut être utile pour l’entreprise de s’inspirer du monde animal et parfois de le mimer car il a démontré une immense faculté d’adaptation au cours des millénaires. Le temps “concentré” des entreprises aujourd’hui change si rapidement qu’il impose des révisions de stratégie. Une entreprise peut aussi être amenée à changer radicalement de business modèle ce qui pourrait équivaloir dans la nature à devenir lézard si l’on était poisson ou baleine si l’on était quadrupède etc.
Dans le monde animal, tout se fait par des stratégies qui intègrent à la fois capacités propres, environnement et technicités pour servir l’unique objectif de survie de l’espèce.
Dans le monde de l’entreprise il en va de même: On pratique un métier, on surveille son environnement et on s’y adapte en utilisant des nouvelles technologies pour assurer sa pérennité.
Cette troisième partie examine les stratégies de la nature qui permettent d’assurer la première des fonctions vitales : Manger.
La quatrième et dernière partie examinera les autres fonctions vitales : Ne pas être mangé et s’adapter aux conditions pour se reproduire et perpétuer l’espèce,
Manger.
Les stratégies nourricières sont variées. Sans doute pourra t-on retrouver dans ces exemples celles de sa propre entreprise.
Cueillir
Les animaux qui pratiquent la cueillette ne produisent rien mais profitent de ce que leur offre leur environnement. Les singes se déplacent d’arbre en arbre pour se nourrir de fruits ou de feuilles, comme la girafe, les biches et les koalas ou bien les oiseaux mouches, les bourdons ou les papillons volent de fleur en fleur etc.
Leur savoir faire consiste à connaître les lieux où la nature leur propose un aliment au gré des saisons en évitant surtout de rester trop longtemps sans récolte.
Produire
Les abeilles ne font pas que de butiner, elles produisent le miel dont elles se nourrissent pendant l’hiver, le pollen restant leur nourriture principale. Comme les fourmis qui cultivent des champignons, ce sont des industries de production très stakhanovistes avec coopération, partage du travail, spécialisation et job définitions rigoureuses; la reine pond, les ouvrières travaillent et les soldats défendent.
On trouve même des modèles de souplesse dont nos entreprises pourraient rêver : Dans une ruche il meure en moyenne un millier d’abeilles par jour. Leur évacuation nécessaire n’est pas dans la définition de job ni de la reine ni des ouvrières ni des soldats. Alors, sans syndicat ni ressources humaines, les abeilles les plus âgées se chargent de faire les fossoyeurs. Une sorte de préretraite spontanée sans état d’âme ni ego… cette méthode est celle de toutes les entreprises qui transforment des matières premières
Brouter
Tous les herbivores comme les cervidés, les bovins et ovins mais aussi les escargots ou les oies, les kangourous et enfin certains poissons, broutent. L’herbe ayant un faible pouvoir calorique, ils doivent en ingérer de grandes quantités pour couvrir leurs besoins. C’est aussi pourquoi ils y passent le plus clair de leur temps.
Ce sont des machines qui moulinent à longueur de temps pour un faible rendement à l’unité. Une chaîne de production qui tourne en trois fois huit et qui débite des produits à faible valeur ajoutée.
Creuser
Certains animaux creusent pour se nourrir. C’est le cas des larves dans les feuilles, des termites dans le bois, des tarets dans les bois de pontons, les vers dans la terre etc. Ils avancent en mangeant leur route. Ils vivent dans leur nourriture.
Leur savoir faire est dans la recherche de filons et leur exploitation. Cela fait penser aux industries minières
Filtrer
Les calamars, les mollusques et les crustacés sont des filtres. Les baleines engouffrent des tonnes d’eau pour retenir le krill, les huîtres filtrent l’eau aussi longtemps que la marée les immerge, ou encore les flamands filtrent de grandes quantités d’eau et retiennent les particules dont ils se nourrissent. Un peu comme les animaux qui broutent, la filtration est un travail constant qui demande du temps car elle ne retient que très peu de ce qui est brassé.
Le savoir faire réside dans la technique de séparation du comestible de son support pour un petit prélèvement, constamment. Un pourcentage en quelque sorte. Je suis sûr que vous pensez à votre banque…
Chasser (Prédateurs)
Ce mode très répandu se pratique avec une grande variété de techniques.
L’attaque en équipe comme la pratiquent les lions ou les loups.
L’affût en solitaire comme les chats ou les tigres.
Le piège comme les araignées qui tendent une toile.
Le camouflage comme les caméléons ou de nombreux poissons qui se cachent dans le sable et surgissent en un éclair sur la proie imprudente,.
La ruse comme les poissons Lophiiformes qui agitent au dessus de leur bouche leur première épine dorsale qui est prolongée d’une sorte de leurre avec lequel elles attirent leur proie avant de les happer.
La séduction comme les Dionaea qui se font belles et attirantes pour se refermer brutalement sur l’insecte imprudent, et la plante Heliamphore qui embaume par un nectar affolant dans lequel se noient les insectes.
L’hypnose comme le serpent et la grenouille qui finit par lui sauter dans la gueule.
L’habileté pour ces petits Toxotidae (littéralement des poissons archers) qui utilisent leur bouche comme pistolet à eau afin d’assommer un insecte qui peut se trouver à 150 centimètres.
La Patience des tiques qui peuvent attendre des semaines dans les arbres avant de se laisser tomber sur un animal qui passe en dessous.
Le poison des serpents, bien sûr, mais aussi des moustiques qui injectent un anesthésique avant d’aspirer le sang de leur proie.
Toujours la proie est observée, ses habitudes sont connues, ses trajets repérés, ses faiblesses et aussi ses forces estimées à leur juste niveau. Un plan est dessiné et l’action sera déclenchée le plus souvent par la proie elle même qui s’approche trop imprudemment.
Belles leçons d’intelligence économique, de planification, d’action et de timing.
Symbiotique
Il y a symbiose quand deux espèces s’entraident pour se nourrir sans se nuire. C’est le cas du poisson gobie et de la crevette fouisseuse. Le gobie creuse un abri commun que la crevette entretient et cette dernière qui est aveugle creuse le sable en quête de nourriture qui profite aux deux. En cas de danger le poisson alerte la crevette. C’est du partenariat “Win/Win”. La symbiose existe également entre le monde animal et le monde végétal comme la relation abeilles et fleurs. Il y a de multiples exemples dont le plus spectaculaire est celui du poisson clown qui vit sous la protection des anémones de mer très vénéneuses dont il est immunisé et qu’il nourrit de ses excréments.
Partenariats très complémentaires, intérêt réciproque, collaboration à vraie valeur ajoutée sont les modèles qu’offre la nature.
Parasitisme et parasitoidisme
Le parasite est une espèce qui vit au détriment d’une autre mais sans la tuer. Les tiques prélèvent leur nourriture en suçant le sang du chien de même que les puces ou les moustiques. Le poisson pilote est un parasite. Parfois le parasite peut aller jusqu’à tuer son hôte s’il est en surnombre ou si l’hôte est faible.
Le parasitoide en revanche tue son hôte en se développant. D’innombrables sortes de mouches pondent leurs oeufs dans le corps d’un autre animal. En se développant la larve dévore son hôte. On trouve aussi dans cette catégorie les virus et les vers.
Les parasites pratiquent une forme de collaboration à sens unique en s’implantant aux endroits choisis par d’autres et en bénéficiant soit directement de l’autre soit de ce que génère l’autre.
Nécrophagisme.
Les nécrophages nettoient la nature des cadavres. Ce sont de nombreux scarabées, des oiseaux ou des crustacés. Ils consomment une matière première dont les autres ne veulent pas. Leur savoir faire consiste à se trouver au bon endroit et au bon moment.
En principe les nécrophages ne tuent pas. Ils attendent comme les vautours que l’animal convoité meure de sa belle mort. En réalité certains nécrophages ou charognards donnent un « coup de mains » à leur proie pour mourir. Le talent ici consiste à surveiller le terrain, repérer les drames qui se jouent, et intervenir pour “nettoyer”.
Remarques sur les stratégies nourricières.
Outillage.
Chez les animaux il n’y a pas d’outils à de rares exceptions près. La loutre de mer utilise des pierres pour casser les coquillages; les araignées tissent une toile éphémère chaque soir pour attraper leurs proies. Il faut donc se remettre à l’ouvrage chaque jour. Le stockage est rare. La dépendance à l’environnement est extrême et permanente. La nature pourvoie presque toujours. Elle est ultra libérale et généreuse.
Collaborations et conflits
Les lions travaillent en équipes pour chasser. Les animaux qui pratiquent la coopération (comme aussi les loups ou bien les hyènes) le font davantage dans la chasse que dans le partage. C’est toujours le partage qui pose un problème dans les associations, c’est pourquoi il y a des contrats très stricts. Par exemple les lionnes chassent mais le lion mange en premier; ensuite c’est au tour des lionnes par ordre de rang et s’il ne reste rien pour les petits, alors ils meurent de faim. Ce n’est pas écrit en toutes lettres dans un contrat mais c’est une loi ancestrale. Pas d’outillage juridique mais une loi connue et appliquée.
Ce que nous rappellent les animaux qui ont chacun leur méthode ce sont des techniques variées auxquelles dont on peut s’inspirer car le propre de l’entreprise c’est de pouvoir utiliser toutes ces techniques
