Propos sur la vieillesse.

La vieillesse est une transition douloureuse. Le passé est long et le futur est court.

Le hardware se détraque et le software se dégrade. Pour certains le corps lâche avant la tête et pour d’autres c’est la tête qui part en premier. Le plus souvent on ne se voit pas vieillir, on se croit encore jeune quand les jeunes nous voient vieux.

Les mécanismes en jeu nous échappent. Nous les avons ignorés pendant toute notre jeunesse car les ressources de notre corps semblaient inépuisables, un peu comme notre bonne vieille terre que l’on épuise et qui va nous lâcher tout doucement. 

Alors fini les petits sauts par dessus la dernière marche d’escalier avec atterrissage souple, le rebond a disparu, le ressort est à bout. On ressemble à ces vieilles guimbardes aux amortisseurs fatigués qui sautillent sur la route. Fini le transport de charges lourdes, le dos est une préoccupation constante. Fini les nuits blanches sautées à pieds joints en gardant une mine fraîche. Et bonjour les petites douleurs matinales, la récupération lente et la fatigue, les pilules et les conversations medicaments, petits et grands bobos. On ne peut éviter les agressions du miroir et les images de rides et de rondeurs, de décoloration et de cernes. C’est horrible.

Certains disent que l’esprit gouverne le corps. C’est vrai qu’il ordonne et qu’il repousse les limites et  parfois même plus loin que ce que lui-même imaginait possible. Mais je pense que nous sommes surtout ce que notre corps nous autorise à être. Regardez ce petit costaud, même avec une volonté de fer il ne sautera pas plus haut que son ami qui lui est grand et mince. Il aura sa revanche aux haltères ce qui prouve mon point: in fine la limite est imposée par le corps. 

Alors parlons un peu de cet esprit qui a beau se révolter, mais qui doit se plier. De fait, il ne capte plus aussi vite. Certains sujets ne l’intéressent plus. Il se fatigue plus vite. La concentration n’est plus aussi aiguë. Le danger est là car il faut rester éveillé. Les sollicitations extérieures se font plus rares et l’on découvre le temps de l’ennui. Je surveille ce compagnon qui s’invite, car je suis déterminé à ne lui laisser que deux heures par jour, limite que je me suis fixée sans d’ailleurs savoir ce que je ferais s’il venait à m’envahir davantage. Ce qui est ennuyeux avec l’ennui, c’est qu’il mouline les souvenirs. Un rien le fait rembobiner le passé, une odeur, une image, un parfum, un film ou une musique et le voilà parti! Retour vers un moment d’antan. Autrefois tout ce temps était occupé à faire des plans et construire. Maintenant on le passe à visiter le chemin en sens inverse.

Ce qui importe c’est que l’esprit accepte cette lente torture sans résignation mais en recherchant de nouvelles occupations, un ersatz de l’adrénaline et des plaisir qui n’épuisent pas. Des projets en somme. Car ce sont les projets qui déclenchent l’adrénaline nécessaire à chasser l’ennui et agiter la carcasse.

Alors que faire d’un vieux? Ce sera une réflexion plus joyeuse d’un prochain blog. 

Carol.

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About DonCarol

Mentor and coach to managers and entrepreneurs. Author of an essay on cultural differences in work and daily life between France and America. Carries more than 20 years of experience in international fortune 500 corporations before to start his own company.
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3 Responses to Propos sur la vieillesse.

  1. Yannick's avatar Yannick says:

    Un vieux coup de blues mon ami? Même le blues peut prendre un coup de vieux!
    L’esprit gouverne le corps, les petits sauts au dessus de la dernière marche sont remplacés par des séjours en ascenseur… c’est bien aussi. Je te connais bien Carol ton esprit est éternellement jeune et tu le sais. Si ce sujet t’a permis de reprendre tes créations « bloguestes » c’est parfait vivement le prochain. Je t’embrasse mon vieux copain.

  2. Kim-Oanh's avatar Kim-Oanh says:

    Bravo,
    Un texte très bien tourné avec beaucoup de lucidité et d’humour. Carol se moquerait-il de lui-même ?
    La vieillesse ne coïncide-t-elle pas avec cette période de grande liberté où on peut vaguer aux multiples activités, explorer des sujets incompatibles avec une activité professionnelle ? On découvre le monde autrement immense, infini avec la vieillesse.

  3. Nadine's avatar Nadine says:

    Vieillir ou mourir
    Pas d’autre possibilité
    Alors accepter de réaliser que dorénavant :
    – l’on ne distingue plus le bleu marine du noir
    – les arbres ont beaucoup poussé
    – ici il y a un courant d’air
    – ça monte beaucoup
    – les fruits ont moins de goût
    – les marches n’etaient pas si hautes avant
    – les mois passent comme des semaines et les semaines comme des jours
    – à la télévision ils articulent vraiment mal
    – les parfums s’évaporent tout de suite
    – est ce mon reflet dans la vitrine?
    – difficile de tourner la tête pour se garer
    – comme je suis maladroit
    etc.

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