Éloge de la curiosité.

Par Don Carol, Partenaire de BusinessLifeSuccess .

Le summum de l’impolitesse aujourd’hui c’est d’aller à un rendez vous sans avoir “Googlé” son contact au préalable! C’est non seulement impoli mais c’est stupide d’ignorer ce qui est imprimé en couleurs sur le net. C’est même de la pédanterie que de croire que l’on peut se passer d’être curieux, comme si on savait tout. Rien d’étonnant à ce qu’il y ait tant d’échecs dans les relations sociales, professionnelles ou personnelles. Combien de négociations ont achoppées pour une question d’ignorance culturelle? Combien de rendez vous amoureux sont ratés car on a longuement raconté son Moi-Moi sans poser une seule question à l’autre? Combien de lancement de produits sont des flops car on a privilégié “sa bonne idée” plutôt que d’interroger le client? etc

C’est encore et toujours une question de perspective. Il est banal de dire que personne ne voit les choses de la même façon, mais alors pourquoi ne cherche t-on pas à savoir davantage ce que pensent les autres?

Si la curiosité est une fonction innée, comme l’intelligence ou la créativité, la non-curiosité pour sa part est une affaire d’éducation. Enfant nous étions naturellement curieux mais malheureusement nos parents ont commencé à nous dire: “Mais tu es bien curieux!” ou bien “c’est un vilain défaut”. Plus tard certains professeurs ont bridé cette curiosité en imposant de demander la permission de poser des questions. Et enfin si la question n’était pas pertinente alors on s’exposait aux quolibets.
En fait la curiosité est peut être intacte mais l’outil de la curiosité, c’est à dire le questionnement, est atrophié.

Le questionnement est un Art, il devrait y avoir un musée de la question. A l’entrée il y aurait la salle des “questions fermées” auxquelles on ne peut répondre que par oui ou non; la salle des “questions à choix multiples” avec des questionnaires administratifs joliment encadrés aux murs; la salle des “questions ouvertes”, genre “Que pensez vous de…?” ou “A votre avis…?”; la salle des “questions perforantes” avec les perceuses Black et Decker comme sponsor; la salle des “questions style louis XV”, bien tournées, qui vont chercher derrière l’émotion et qui creusent profond, la plus belle. Il y aurait aussi des petites salles de travaux pratiques pour apprendre à reformuler avec des casques à écho ou pour apprendre à relancer comme au tennis etc.

Alors comment ré-apprendre à questionner? Soi même ou les autres? Comment re-développer cet outil que l’on a tendance à ne sortir de la boite que lorsqu’un échec nous laisse curieux de l’erreur commise?

Un grand professionnel de television WBTV 3 News, le journaliste Paul Cameron, prépare ses interviews avec l’objectif de faire découvrir une personne à son public. C’est donc une affaire d’objectifs de réponses qui le motive à être curieux.
Il fait donc son “homework” avant la rencontre, c’est à dire qu’il se demande ce que son public sait et note surtout ce qu’il ne sait pas.
Puis il dessine les questions en fonction des réponses recherchées. En se fixant des objectifs d’informations à obtenir, il crée le questionnaire.

Mais ce n’est pas le plus important.
Quand Paul Cameron interview, il tourne le bouton de son écoute au maximum pour détecter toute vibration, incohérence, léger signe dans le visage et il creuse le point afin de dégager comme il dit des “pépites d’information”. Il s’oublie totalement dans l’écoute et la question suivante vient de la réponse précédente, il creuse toujours plus loin.

Le mode “écoute totale” est ce qu’il y a de plus difficile à réaliser car souvent en croyant écouter, on pense à soi même. Chaque sujet évoqué par l’interlocuteur déclenche en soi-même un souvenir que l’on a vécu et alors on est tenté de dire “Moi aussi il m’est arrive la même chose, bla bla”. Au total on n’écoute pas, on sélectionne ce qui résonne dans sa propre mémoire et la pensée s’échappe de la conversation.

Essayez pour vos prochains rendez-vous: listez tout ce que vous voulez savoir, préparez les question correspondantes, posez les et écoutez en vous oubliant puis creusez et creusez encore.
Et n’oubliez pas que questionner c’est faire un hommage. La curiosité est un grand compliment, l’indifférence, son contraire, est la pire des agressions même si elle est douce. Il est temps de penser que la curiosité est le fondement de la compréhension, la suite du doute scientifique, le pilier de la négociation, l’outil de la collaboration et de l’entente.

C’est un début, car le sujet est vaste. Vous avez des suggestions?

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About DonCarol

Mentor and coach to managers and entrepreneurs. Author of an essay on cultural differences in work and daily life between France and America. Carries more than 20 years of experience in international fortune 500 corporations before to start his own company.
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6 Responses to Éloge de la curiosité.

  1. Lafaye's avatar Lafaye says:

    Top!

  2. Xuan Trang's avatar Xuan Trang says:

    Tres juste et magnifiquement bien dit !
    Pour ma part, je me vois dans l image de la petite fille sur la photo 🙂
    Merci Carol !

  3. Sophy CAULIER's avatar Sophy CAULIER says:

    Je ne peux qu’applaudir et partager un tel éloge ! Je partage aussi la conscience de la difficulté à être en “écoute totale”, mais comme le disait Emile Coué, “tous les jours et à tous points de vue, je vais de mieux en mieux”…
    Rien de tel que la pratique pour apprendre à être curieux : qu’est-ce qui a suscité ce sujet chez vous, Don Carol ?

  4. Françoise's avatar Françoise says:

    Bien sûr, faisons l’éloge de la curiosité. Certains d’entre nous en ont même fait leur métier ! Quelle chance nous avons, nous autres journalistes, d’être payés pour notre curiosité !
    Mais un petit détail culturel, ami qui a vécu éloigné des vieilles terres européennes trop longtemps (à mon goût, tout égoïste), je te rappelle que “la question” est un terme qui peut avoir un double sens. Car la question peut aussi être la torture, surtout quand elle était pratiquée par l’inquisition. Le musée de la question ne serait-il pas au Vatican ? Ou dans d’autres contrées qui pratiquent aujourd’hui plus que jamais la censure, l’emprisonnement et passent à la question … ceux qui sont trop curieux !

  5. Marc Riso's avatar Marc Riso says:

    Curiosité, vous avez dit curiosité ? Comme c’est curieux !
    En fait, si les enfants sont curieux c’est qu’ils cherchent des points de repères ; ils pensent que toutes les réponses à leurs questions existent et sont immuables ; que tout est soit blanc soit noir, soit gentil soit méchant, soit 0 soit 1. La réalité est rarement comme ça et en prenant de l’âge, on ne pose plus de questions dont on se doute que la réponse n’existe pas.
    D’autre part, poser une question c’est attendre une réponse c’est à dire une “information”. Et là, je mets “information” entre guillemets car que fait-on de cette réponse :
    a) je l’utilise tout de suite – je pose une question sur ma route et je me sers de la réponse pour me diriger. C’est une vraie information.
    b) je la stocke pour l’utiliser plus tard (mais ma capacité de stockage est limitée je dois sélectionner ce que je garde). C’est une information potentielle.
    c) je ne l’utilise pas et je l’oublie. Ce n’est pas une information.

    Mais nous sommes des êtres sociaux et la question n’attend pas toujours une réponse. Comme dit Carol, c’est l’Art de la question.

  6. MarcoNouche's avatar MarcoNouche says:

    Ciao Don Carlo,
    désolé pour le retard. J’ai trouvé vraiment intéressante ton éloge de la curiosité. Elle me rappelle la raison profonde pour laquelle j’ai eu envie d’être journaliste. Mais la curiosité n’est bonne qu’à la condition qu’elle t’incite aussi à te questionner sur toi-même.
    J’ai apprécié ce magnifique aphorisme: ”Il est temps de penser que la curiosité est le fondement de la compréhension, la suite du doute scientifique, le pilier de la négociation, l’outil de la collaboration et de l’entente”.
    Quel talent! Quelle verve! Que n’as-tu donc pensé à te lancer dans l’écriture?
    Bises
    Marco

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