Ah! Les Compliments…

Par Don Carol, Partenaire de BusinessLifeSuccess.
En hommage à Linda Grinner.

Il fut un temps où les bébé étaient nourris à la blédine, sorte d’épaisse bouillie de céréales sucrée. C’était aussi le temps où l’on ne faisait pas de compliments aux enfants. Les choses ont bien changées depuis. Dès leur plus tendre enfance, nos chers petits sont loués à chaque instant, des cris de joie accueillent leurs premiers pas, on encadre sur le frigo leurs gribouillons pleins de tâches, bref nos chers petits sont nourris aux amphétamines complimenteuses et ne croyez pas que leur démarche de bébé balancée avec bras et jambes écartés soit causée par l’épaisseur de leurs couches culottes, non, ils se pavanent de fierté!

Leur papa, en revanche (celui qui a tété de la blédine sans recevoir de compliments), ne se souviens pas d’avoir reçu de louanges, ni de ses parents, ni de ses professeurs. Pire, on lui a inculqué la méfiance du compliment avec des fables comme celle du corbeau et du renard, ce vil flatteur qui vivait aux dépens d’un stupide corbeau qui y perdit son fromage… Alors vous comprenez bien que les compliments, Papa s’en méfie. Même mérités, ils le mettent mal à l’aise. Selon le cas il sera sur ses gardes pour protéger il ne sait quel fromage ou dansera d’un pied sur l’autre en refusant les bonnes paroles, gêné de ces mots doux qu’il ne peut supporter tant il y est peu habitué.

Et bien entendu, à son tour, il ne fera  pas de compliments ni à sa femme, ni à ses enfants ni à ses collègues ou employés, bref à personne, de peur d’être un flagorneur intéressé endossant la peau du renard rusé; on croit voir le Malin représenté par les pinceaux catholiques sur les fresques de nos églises. Hou la la, c’est très chargé tout çà!

Voici donc deux systèmes d’éducation successifs et opposés, l’ancien refuse le compliment au nom de ce qu’un peu de frustration est bon pour le caractère, le nouveau en fait un outil éducatif central, partant du principe que l’encouragement donne un élan vers l’avant. Difficile de se prononcer car si l’on ne veut pas être vu comme le renard habile et intéressé, on veut encore moins être pris pour un stupide corbeau qui se fait plumer parce que la vanité est son point faible.

Cependant il y a d’autre perspectives: Un compliment peut être sincère, ou bien il peut être intéressé comme celui du renard et également il peut être à la fois sincère et intéressé.

Le compliment sincère est un cadeau. Celui qui le présente n’est plus le renard de la fable, il n’attends rien. Il a choisi son compliment, il a sélectionné les mots pour le former en mettant beaucoup de lui-même dans ce choix. Il a attendu le bon moment pour l’offrir et enfin, anxieux de savoir si toute cette préparation fera plaisir, il l’offre, les deux mains en avant comme lorsque l’on tend une boite bien enrubannée. Et vous qui le recevez, que faites vous? Vous grommelez une espèce de refus comme quoi “Non, Non… ce compliment est inadéquat et plus propice à un autre qu’à vous-même”. En somme, vous dites à celui qui vous fait un cadeau qu’il a mal choisi, rien compris à qui vous étiez, perdu son temps et déplu! Qu’il le rapporte au magasin, se fasse rembourser et surtout qu’il ne recommence pas! Bien joué, il n’est pas prêt de revenir car en quelque sortes vous l’avez insulté.

Mais alors que faire lorsque l’on reçoit un compliment?
Tout simplement dire: “Merci”! Car c’est un cadeau. Il faut prendre le paquet, apprécier le choix, reconnaître la démarche et, pourquoi pas, se réjouir du cadeau?

Passons du coté du renard. On sait qu’il est intéressé et qu’il flatte pour déposséder le corbeau de son fromage, mais il est surtout stupide: Au lieu de complimenter le corbeau sur son plumage, il aurait mieux fait de le complimenter sur son habileté à trouver ce fromage magnifique et, en reconnaissant ce talent, l’inciter à partager avec lui non pas un seul mais peut être un fromage chaque jour! Au lieu de quoi il s’en est fait un ennemi méfiant qui ne s’y laissera plus prendre. Ça c’est un mauvais leader, un court-termiste et un tartare qui brûle les champs. Car tout de même, trouver un fromage c’est un grand talent. Et justement les talents ne sont pas souvent reconnus car personne ne fait de compliments. C’est donc être un stupide renard que de se  mettre à dos un corbeau aussi habile pour un seul fromage! A l’inverse, reconnaître par un compliment une qualité, un art ou un talent, c’est inciter à faire encore et encore plus. Je crois que l’on appelle cela un bon leadership que d’être à la fois sincère et intéressé car tout le monde y gagne.

Et du cote du corbeau qu’y a t il de mal à servir un renard intelligent qui reconnaît les talents, les loue et incite à les développer ?  Il est peut être temps d’arrêter de penser que nous sommes tous des chefs, des leaders et des génies. Même si nos mères ont ajouté de la Vitamine Chef dans nos blédines. On est plus souvent bâti pour aider un renard que renard soi-même et l’on fait toujours mieux quand on est bien dans sa peau que mal dans celle d’un autre.

Et que dire de ceux qui ne veulent pas faire de compliments de peur de paraître inférieur à ceux qu’ils louent? Ou de peur de stopper l’action  que l’on complimente. Ceux là se trompent complètement. Complimenter intelligemment c’est reconnaître les valeurs de l’autre. Ce n’est pas se diminuer, bien au contraire c’est faire preuve de discernement et l’autre y verra votre grandeur. Quant à ralentir un effort en le complimentant c’est encore le contraire car à l’inverse on le stimule.

Alors pourquoi ne pas devenir généreux de compliments? Les compliments sincères ne coûtent rien, ils font plaisir, ils mettent de l’huile dans les rouages et, comme des cadeaux, ils font plaisir aussi à ceux qui les donnent. Les compliments habitudes, ceux qui sont dits sans y penser, par habitude ou par éducation, ne font pas grand plaisir à donner ou à recevoir mais ils sont aussi une huile dans les rouages du quotidien des relations . Les compliments intéressés et non sincères, reviennent à prendre les gens pour des imbéciles, ça marche un fois comme pour le corbeau et après fini. Et enfin les compliments sincères et néanmoins  intéressés sont à réhabiliter officiellement car les renards qui les donnent sont plus intelligents que dans les fables et ceux qui reçoivent leurs louanges peuvent savourer le plaisir d’être reconnu pour leur talents.

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About DonCarol

Mentor and coach to managers and entrepreneurs. Author of an essay on cultural differences in work and daily life between France and America. Carries more than 20 years of experience in international fortune 500 corporations before to start his own company.
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4 Responses to Ah! Les Compliments…

  1. MarcoNouche's avatar MarcoNouche says:

    La faute à qui?
    D’une rive à l’autre, il y a eu Benjamin Spock et Laurence Pernoud. Tous deux adeptes du compliment.
    L’un, le Dr Spock -pas celui de ”Star Trek”- s’était fait le porte-parole des mères. Avec pour message unique et gratifiant à destination de leurs bambins: «vous en savez bien plus que vous ne croyez». On l’accusa donc d’être le chef de file de l’éducation permissive avec ses éventuelles conséquences négatives.
    L’autre, Laurence Pernoud, était autant préoccupée par le statut de la femme que par la condition des enfants. D’où une attitude médiane entre opulence de compliments et retenue modérée.
    Mais tous deux placent l’enfant au centre des préoccupations. Pour faire court, rien de mieux que l’anglais pour le sens de la formule. Je propose donc ”Kids are kings”. Pour autant, faut-il considérer ses proches, ses subalternes, ses relations comme des ”rois”?
    Et dans ces conditions, à quoi servent les compliments?
    Là encore, la double culture se heurte à deux concepts totalement opposés. D’un côté de l’Altantique, le compliment s’accompagne d’un encouragement à aller plus loin avec des phrases toutes faites du genre ”the best is yet to come”. De l’autre, le compliment s’agrémente d’une mise en garde du genre ”le mieux est l’ennemi du bien”. Mais dans les deux cas, on est droit de s’interroger sur la sincérité du compliment.
    Comme à son habitude, Carol soulève des questions qui grattent.

  2. E. Dubus's avatar E. Dubus says:

    J’ai toujours pensé que La Fontaine était un âne

  3. Sophy CAULIER's avatar Sophy CAULIER says:

    Complimenti sinceri Don Carol !

  4. Annie's avatar Annie says:

    Très plaisant : je pense que ce post devrait
    intéresser une pote

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