Jeu de Go Sur La Comète Terre.

Par Don Carol,

Voila! Maintenant on ne peut plus en douter, l’imprévisibilité des évènements qui se succèdent sur notre monde a pris le pas sur le prévisible.

Certes l’imprévisibilité dans le monde a toujours existé mais les champs d’interactions étaient plus restreints et plus cloisonnés et le temps prenait son temps. L’avenir était  plus facile à appréhender du moins pour ce qui est des domaines où l’homme a une certaine influence. La nouveauté est dans le fait que l’on ne peut  pas plus prévoir les bouleversements politiques, économiques ou sociaux que les séismes géologiques quant à nos experts financiers ils ne sont pas plus exacts dans leurs oracles que nos météorologues. Pour eux aussi la complexité globale a mis le monde hors de portée des prévisions.

Si la faculté de prévoir nous échappe c’est une conséquence de la globalisation laquelle est une conséquence des nouvelles technologies de communications, pour ne citer qu’une cause parmi d’autres. Le globe terrestre est aujourd’hui un grand jeu de dominos et comme on dit banalement, le vol d’un papillon d’un coté de la planète peut provoquer un tsunami de l’autre.  Les progrès scientifiques nous ont permis pendant quelques décennies de réduire l’incertitude mais voilà que le chaos redevient illisible.  On dit qu’un grand joueur d’échec peut prévoir jusqu’à sept coups d’avance alors qu’il y a 400 possibilités de mouvements. En comparaison, le jeu de GO en a 32000 de plus. En somme on est passé du jeu d’échec au jeu de Go.

Le jeu de Go est comme la météo: il y a tant de facteurs que la prévision locale est difficile; Le jeu d’échecs est comme l’économie: on peut prévoir ou plutôt on pouvait prévoir quelques coups d’avance en se basant sur la règle de “Cause à effet”.  La nouveauté c’est la disparition de cette règle car les causes se sont multipliées au point que l’on ne peut plus prédire l’effet.  La globalisation rapproche l’économie de la météorologie en ce sens qu’elle multiplie les causes. Le moindre produit ou service est un assemblage qui résulte du travail de plusieurs pays, la moindre idée impacte un nombre toujours croissant d’individus tous reliés entre eux par les média interactifs.

Pourtant, l’homme a viscéralement besoin de connaitre l’avenir au point qu’il veut encore croire que le monde reste prévisible. Alors il écoute les experts. Mais comme tout le monde tape sur son clavier et s’auto-publie, obligatoirement il y en a toujours un qui avait prévu ce qui vient d’arriver, ce qui entretien l’idée que le monde est prévisible c’est pourquoi il y a encore des experts et des voyantes!

Restent les études prospectives. Une prévision de l’avenir en analysant les signaux faibles du présent à la lumière de l’histoire … Mais l’histoire peut elle encore éclairer les signaux faibles que les fins limiers des cabinets d’études extraient de notre confusion de signaux?  On dit toujours que l’histoire se répète mais ne serait-ce pas par habitude? Car rien ne prouve que l’histoire qui s’est déroulée à une certaine vitesse puisse suivre le même modèle dans notre temps accéléré. Même les calculs de tendances basés sur le passé immédiat, en prolongeant les évènements, deviennent aléatoires. Et une prévision qui aurait pu être exacte, en se propageant  via les réseaux, entraine des réactions instantanées qui modifient le réel et l’objet même de la prévision. La seule chose dont on puisse être certain est le présent, en admettant qu’on le comprenne, mais on ne peut parler de prospective raccourcie à la journée.

L’expression “Faire des plans sur la comète” tire l’absurdité de son sens de l’antagonisme entre la durée théoriquement étendue d’un plan et la durée de vie limitée d’une comète. Notre bonne vieille terre semble être devenue une comète… Et un jeu de go!

Alors, à quoi bon faire des plans? A quoi bon construire solide? A quoi bon préserver l’avenir de la nature? A quoi bon faire des investissements à long terme? A quoi bon attendre de se faire plaisir? Puisque l’on n’est plus sûr de rien. C’est un nouveau mode de vie qui s’est instauré sur la Comète Terre: Réagir plutôt que décider, chacun pour soi et tout de suite. La planification a fait place à l’improvisation, le sens communautaire a subit le big bang de l’individualisme.

Il faut reconnaitre que si l’on regarde une entreprise aujourd’hui, plus de la moitié des problèmes à résoudre durant l’année ne pouvaient en aucun cas être prévus lors de la mise en place du plan annuel. Quant à la vie personnelle c’est la même chose: Comment prévoir les années futures si l’on ne sait pas dans quel état sera la société où l’on vit, l’entreprise où l’on travaille quelle sera la source de nos revenus et les impacts que peuvent avoir ces évènements sur nos familles.

Alors quoi? Que faire face à l’augmentation de l’imprévisibilité? A ce point je vous sens un peu déprimés mais cela ne va pas s’arranger si je vous dis que la question n’aura pas de réponse ici car c’est une question sans réponse, comme il existe des problèmes mathématiques insolubles. C’est une question angoissante de plus qui s’ajoute à la liste de celles qui nous hantent depuis la nuit des temps comme l’inconnu après la mort ou l’infinité de l’univers. Mais on peut tout de même y réfléchir car on ne peut pas vivre en dérivant sur un océan d’incertitudes, il nous faut des ancrages.

Quels sont alors les points solides qui à défaut de visibilité nous assurent une relative sécurité à laquelle s’adosser pour s’occuper de gérer ce que nous envoie non plus le destin mais le hasard? Gérard Mermet, sociologue et philosophe, ajoute à sa signature cette phrase: “L’avenir n’est pas à prévoir il est à inventer”.  Il y aurait donc un début de réponse à la question “Que faire si l’on ne peut prévoir?” … Ce serait Inventer et Créer.

L’homme des cavernes vivait dans une nature hostile et imprévisible. Pour survivre il devait être aux aguets, les sens en alerte, l’adrénaline prête à pulser dans ses veines l’énergie nécessaire à la réaction adaptée. Ce sont les qualités fondamentales de la survivance. Les rats et les cafards qui traversent les millénaires sont des machines parfaitement inventives et adaptables. Que les entrepreneurs me pardonnent la comparaison mais ce sont exactement ces qualités qui leur permettent de s’adapter pour faire passer leur vision en utilisant leurs propres outils perceptifs et les ressources de leur environnement.

Ce n’est que bien plus tard quand les villes ont commencé à apparaitre il y a environ 5000 ans que la seconde condition de l’inventivité est advenue: la multiplication des idées différentes devenue adjacentes. Peut être que ces temps de crise que nous vivons aujourd’hui reconstituent l’hostilité naturelle de l’environnement de nos ancêtres et que la proximité digitale que constituent les réseaux sociaux est la nouvelle forme d’urbanisation qui favorise l’inventivité.

Cette nouvelle nécessité d’adaptation pourrait être le déclencheur d’une toute nouvelle attitude. Une attitude qui commence par cesser de penser que rien ne peut changer, que rien n’est de ma faute, que c’est le travail du saint gouvernement, que c’est à l’autre de commencer; Ou encore cesser de penser à partir de ce que me l’on me dit à la télévision ou ailleurs, que ce qui est imprimé est vrai et que les experts savent mieux que moi. Et paradoxalement aussi cesser de penser que seule ma vision est la bonne, que dieu est de mon coté, que j’ai raison. Pour ouvrir les champs des possibles et envisager le changement comme une norme, l’immobilité comme une exception, ma responsabilité comme une nécessité, l’échec comme une conséquence du risque et condition du succès, le partenariat comme la clef des influences sur le cours des choses, et la condition d’une visibilité accrue.

Car seul le passé est écrit, le reste est l’affaire des entrepreneurs. C’est sur eux surtout qu’il faut compter depuis que la terre est devenue une planète. C’est eux qui doivent être aux commandes et pas seulement dans les PME, dans les gouvernements surtout!

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About DonCarol

Mentor and coach to managers and entrepreneurs. Author of an essay on cultural differences in work and daily life between France and America. Carries more than 20 years of experience in international fortune 500 corporations before to start his own company.
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1 Response to Jeu de Go Sur La Comète Terre.

  1. MarcoNouche's avatar MarcoNouche says:

    Dans mes souvenirs de jeunesse, je me rappelle que les échecs étaient un jeu d’attaque tandis que le go était strictement basé sur le ‘contournement’. Tout comme, après une bonne quinzaine d’années de pratique, j’ai appris sur le tard que le judo signifiait ”la voie de la souplesse”. Alors Carol, s’agit-il de contourner les problèmes ou les prendre de front?

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