Par Don Carol, Partenaire de BusinessLifeSuccess.
Les grandes entreprises évaluent leurs cadres au stéthoscope pour analyser leurs profils à 90°, 180° ou 360° avant de les envoyer à des séminaires apprendre comment devenir “un leader en 5 jours”, se faire botoxer un peu de leadership dans le caractère, appliquer la méthode du docteur PHD, leur faire lire le témoignage d’un grand manager qui a gagné son premier milliard à trente ans. Bref on leur fait manger, boire et respirer du leadership. C’est la sauce ketchup des entreprises, on en met partout et sur tout le monde, car on perpétue l’erreur de nos systèmes d’enseignements.
La généralisation du leadership training m’énerve.
Un leader est une personne qui a la capacité de rassembler et motiver un groupe pour réaliser un projet. Cela implique, à mon sens, au moins deux talents: Vision et charisme.
En fait il y a trois catégories de talents: Ceux qui ne peuvent pas être améliorés, quelle que soit la méthode, comme l’intelligence ou la créativité; Ceux qui sont difficilement améliorables et enfin ceux qui sont facilement éducables, comme par exemple parler en public ou avoir confiance en soi. Les instituts de formation qui vendent des séminaire ou des logiciels pour améliorer le QI de leurs clients sont des imposteurs qui bénéficient du large marché de ceux qui manquent cruellement d’intelligence. Tout comme je ne crois pas qu’une formation puisse améliorer l’intelligence ou la créativité, je ne crois pas que l’on puisse enseigner le leadership. La vision n’est pas donnée à tout le monde et le charisme encore moins.
La valorisation du training au leadership en plus est perverse parce qu’elle dévalorise les autres positions et parce que ceux dont la vraie vocation est d’être de fantastiques seconds seront incités à jouer un rôle qui ne leur convient pas et finiront frustrés.
Comme promouvoir un excellent technicien à une position de manager en le faisant passer aux rayons X du leadership training est contre productif: On perd un technicien hors pair, on frustre ceux qu’il dirige car il lui manque vision, charisme, et les indispensables qualités que doit avoir un leader de notre ère électronique et globale. Je vous renvoie ici au livre de Jeanne C. Meister & Karie Willyerd “The 2020 workplace” que vous trouverez résumé sur ce blog.
Les séminaires de leadership m’énervent aussi parce qu’on y raconte des salades genre “leadership partagé” alors que rien n’est moins partagé que le leadership. Regardez les Bill Gates ou Steve Jobs et dites-moi où ils sont participatifs! Ce sont des despotes éclairés et des micro-managers et c’est justement pour ça qu’ils sont formidables. Ils inventent et ils imposent.
Herman Hesse n’aimait pas les professeurs car, selon lui, ils invitent à imiter les grands hommes, louant leur courage à contester les valeurs du moment, mais saquent immédiatement tout élève qui fait mine de s’émanciper. Ces professeurs ne sont pour la plupart eux mêmes jamais sortis de l’école et ne comprennent rien au monde extérieur. Ils sont surtout bons à créer des professeurs. Aujourd’hui les grands hommes qu’ils proposent à l’admiration des étudiants comme Bill Gates ou Steve Jobs sont deux fameux “drop out”: Bill a quitté harvard au bout d’un semestre et Steve a quitté Reed Collège après trois mois. Au passage je trouve encore plus ridicule les universités qui leur offrent des MBA voir des PHD honorifiques sous prétexte qu’ils sont devenus les grands entrepreneurs que l’on connaît. Oublient elles que ces hommes ont réalisé leurs talents parce qu’ils ont échappé à leurs recettes? C’est de la récupération qui ne trompe personne car le paradoxe est bien là: On ne forme pas des leaders, on les déforme s’ils ne parviennent pas à s’échapper. Parlons plutôt de manager que de leader car les premiers gèrent l’existant alors que les autres développent l’innovation.
D’ailleurs je trouve incompréhensible l’enseignement. On commence d’abord par faire de la sélection à l’âge où les étudiants ne savent pas ce qu’ils aiment, ensuite on les case dans le programme comme des sardines et roulez! Tous les ministères de l’enseignement que j’ai connu ont toujours décidé tout ce que le pays devait apprendre comme les ministères de l’agriculture ont dit aux paysans ce qu’ils devaient planter. Le résultat c’est les étudiants à la rue et les pommes de terre sur l’autoroute. Pas étonnant que l’on ait des problèmes de circulation du savoir.
La révolution du système éducatif qui est nécessaires doit partir de l’étudiant lui même en recherchant ses talents plutôt qu’en les étouffant. Alors on pourra lui proposer ce qui l’aidera à les réaliser pleinement. Quand va-t-on commencer à comprendre que nous produisons de plus en plus de pommes de terre, pardons je voulais dire de diplômés, qui ne trouvent pas de job et qu’à force de tuer les talents on produit des clones.
Notre intelligence est diverse, chacun a son truc. C’est lui qu’il faut trouver et développer. Si mon nez est excellent, l’apprentissage des langues ne l’amélioreront pas et le monde perdra un parfumeur, si mes oreilles sont excellentes, l’apprentissage des mathématiques ne les aideront pas et le monde perdra un Mozart, si ma coordination est excellente, l’apprentissage de l’histoire ne feront pas de moi une médaille olympique. etc. Au lieu de quoi on administre le programme à tous selon l’âge qui détermine ce que l’on doit apprendre! Et surtout ne vous présentez plus à l’université si vous avez 35 ans. On n’est pas aux états unis!
Et pour conclure, le pire: L’assassinat de la créativité. L’école nous met dans la tête que si l’on se trompe, c’est un zéro écrit en rouge avec un point d’exclamation à faire signer des parents. L’enseignement tel qu’il fonctionne nous inculque la peur de se tromper qui nous empêchera tout au long de notre de vie d’essayer et d’oser. A coté de ça on vous dira que les entreprises aujourd’hui doivent innover pour survivre! Allez comprendre!
Heureusement il y a aujourd’hui un moyen efficace de s’administrer la formation que l’on veut, quand on veut et sur le sujet de son choix. Merci Internet qui nous sauve d’un enseignement périmé .
Et encore un coup de gueule de bon aloi de Don Carol. A ceci près que le Don a oublié deux mots essentiels: culture générale. C’est à partir de ce socle qu’on peut -accessoirement- échanger avec les autres. Mais reconnaissons-le, ce n’est évidemment pas ce socle qui nous permettra de dévoiler le Mozart, le Gates ou encore le Jobs qui est en nous. Et ce, des deux côtés de l’Atlantique.
PS: bravo pour l’orthographe parfaite de ”stéthoscope”. A croire que le monde médical est une deuxième nature chez toi ou que tu as des liens avec la famille Laënnec…
Ah. Voilà enfin un papier suffisamment méchant pour donner à réflechir. Il faut commencer par l’indignation, attitude très “trendy”. Mais ensuite, c’est le politique qui doit prendre le relais.
Mais attendre d’Internet qu’il se substitue à l’enseignement, c’est prendre l’alpha-bêtisation pour du savoir, les graphomanes pour des écrivains.
Aller Don Carol encore un effort pour définir ta vision.
La Privesse de Clèves a encore de beaux jours devant elle.
Très bon article, rugueux à souhait, Frenchy but pepsy.
We like Don Carol’s bad temper.
Bravo à Don Carol “indignado”, c’est ainsi que je l’aime le plus! Irrité, pertinent: vivant!
OOOHhh mais comme j’approuve ce Don Carol! Rester authentique et évoluer selon son propre ressenti… en se faisant confiance … voilà ce qu’on devrait enseigner à chaque étape de la vie!
c est bien vu!