Parallèle entre les stratégies de survie dans le monde animal et le monde des entreprises. (4)

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Quatrième et dernière partie.

(Rappel) Il peut être utile pour l’entreprise de s’inspirer du monde animal et parfois de le mimer car il a démontré une immense faculté d’adaptation au cours des millénaires. Le temps “concentré” des entreprises aujourd’hui change si rapidement qu’il impose de brutales révisions stratégiques et même de business modèle.
Dans le monde animal, tout se fait par des stratégies qui intègrent à la fois capacités propres, environnement et technicités pour servir l’unique objectif de survie de l’espèce.
Dans le monde de l’entreprise il en va de même: On pratique un métier, on surveille son environnement et on s’y adapte pour assurer sa pérennité.

Cette quatrième et dernière partie examine les autres fonctions vitales du monde animal (1/ Manger, traité précédemment) 2/ Ne pas être mangé et 3/ s’adapter aux conditions pour 4/ se reproduire et perpétuer l’espèce.

2/ Ne pas être mangé.
Les stratégies de survie ont pour but d’échapper à son prédateur alors même que l’on est en chasse de son propre repas.

Le camouflage.
Tous les animaux qui ont la capacité de changer leur apparence utilisent cette technique. Les phasmes se sont adaptés de façon permanente et ressemblent à des morceaux de bois. Les pieuvres changent de couleur instantanément pour reproduire les couleurs des surfaces sur lesquelles elle avancent, quelques papillons prennent la couleur de l’écorce sur laquelle ils sont posés etc.
L’objectif est ici de faire son bonhomme de chemin sans attirer l’attention. L’entreprise Mars est un bon exemple: C’est l’un des premiers groupe privé mondial, implanté dans plus de 60 pays, l’entreprise vit en dessous du champs des radars, sans jamais communiquer avec la presse, avec presque tous ses sièges sociaux situés dans des villes mineures, fondus dans le paysage.

La dissuasion.
Quand on n’est pas un animal dangereux ou effrayant il est utile de le paraître.
Le poisson pierre se fait énorme pour inquiéter son adversaire.
L’orang-outan fait du bruit, se tape sur la poitrine et joue toute une mimique d’attaque pour inquiéter son adversaire.
Certaines mouches prennent les couleurs des guêpes alors qu’elle n’ont pas de dard. Elles dissuadent donc leur prédateur de les attaquer car elle prétendent avoir de la défense.
Stratégie presque à l’opposé de la précédente; Certaines entreprises veulent faire penser qu’elles sont importantes mais curieusement c’est presque plus souvent pour se faire manger qu’elles se gonflent.

La fuite.
Courir, nager ou voler pour fuir. La fuite met en oeuvre deux éléments essentiels dans les stratégies de survie: La détection et la vitesse. De l’avance en détection dépendra la réussite de la fuite. Plus on est lent plus tot il faudra detecter le danger. Les biches sont à l’écoute en orientant leurs oreilles simultanément dans des directions différentes. Sentir, entendre, analyser les bruits des autres animaux qui peuvent donner l’alarme ont leur correspondances dans la vie des entreprises. Cela s’appelle lire la presse, correspondre avec les acteurs indirects de son marché, sonder et étudier le net. En un mot être parfaitement au fait de son environnement afin de pouvoir déclencher la réaction, quel qu’elle soit, avant qu’il ne soit trop tard.

La désinformation.
La désinformation est une sorte de dissuasion mais elle prend des formes plus élaborées car elle consiste à donner une information fausse pour tromper le prédateur. C’est le cas de  l’opossum qui fait semblant d’être mort sachant que son prédateur ne veut pas se nourrir de viande avariée. La pieuvre crache un nuage d’encre pour se cacher. Certains poissons plats se déplacent en faisant un gros nuage de sable et reviennent exactement là où  ils se trouvaient, pensant que le prédateur cherchera dans le nuage c’est à dire ailleurs qu’au point de départ.
La désinformation est fort utile aux entreprises quand il s’agit de distraire l’attention d’un concurrent pour se ménager l’effet de surprise.

3/ L’adaptation aux conditions.

Quand les changements climatiques raréfient ou suppriment la disponibilité de la nourriture, les animaux utilisent plusieurs stratégies:
La migration, exemple de la cigogne qui mesure la longueur des jours avec sa glande pinéale ce qui déclenche le signal de la migration. Moins de soleil, égale moins de nourriture, égale faim, égale partir avant que le gel ne rende toute alimentation impossible et donc prendre ses quartiers d’hiver à 6000 kilomètres de sa station estivale.
Le changement d’alimentation comme les singes qui selon les saisons cueillent autre chose ou même deviennent carnivores voir anthropophages.
La consommation des réserves intérieures comme l’ours et la marmotte ou des réserves extérieures comme l’écureuil.
La cryopreservation de la grenouille ou la salamandre consiste à secréter des protéines antigel, hiberner sous terre et donc ne plus manger du tout en attendant le printemps.

L’adaptation aux conditions met au premier plan la surveillance des environnements et la détection des changements. Les entreprises qui survivent prennent la mesure de leur marché en récession au bon moment et survivent en migrant comme les cigogne, en changeant de métier parfois, ou en se mettant en veille pour repartir aux jours meilleurs.

4/ La reproduction pour la survie de l’espèce animale correspond aux adaptations pour la pérennité des entreprises.

La théorie évolutionniste fait observer qu’au fil des reproductions de la sélection naturelle ce sont les caractéristiques les plus adaptées au milieu qui passent dans les gènes. Ainsi l’espèce évolue de façon à être toujours en phase avec son milieu.

Ce qui se passe au fil des générations dans la nature se passe de même au fil des transformations opérées par une entreprises pour s’adapter aux conditions évolutives de son marché, de ses concurrents, des changements technologiques et des comportements de clients.

La théorie évolutionniste en économie fait état des innovations apportées dans chaque transformation des entreprises comme clef de leur survivance. Les uns, animaux, comme les autres, entreprises, agissent en répondant à des forces intérieures innées. Elles ont comme équivalent le savoir emmagasiné dans les forces vives de l’entreprise et les décisions anticipatrices de leur management. Ce qui détermine la pérennité,

Irrepressible instinct
L’instinct de reproduction répond à un impératif suprême.  Toutes les espèces vivantes travaillent à leur survie. Des signaux instinctifs déclenchent des mouvements de rassemblement sur les lieux de reproduction (comme les oiseaux, les grenouilles, les crabes etc), ou des transformations physiques pour parader et se présenter comme le meilleur étalon. Cet instinct est imprimé dans l’ADN. Il est incontournable même au prix de sa propre vie.
Certaines espèces savent même se rendre stérile afin de ne procréer qu’au moment opportun c’est à dire quand il y aura des conditions adéquates de température ou de nourriture. La chauve souris conserve le sperme du mâle dans un compartiment qu’elle garde étanche pour attendre le bon moment.

La pérennité de l’entreprise est également inscrite dans chaque décision et dans chaque collaborateur. Jour après jour, à tous les niveaux, ils entreprennent des transformations pour être plus efficace, plus rentable, plus adapté et plus adaptable ce qui assure la pérennité. La force de cet instinct tire toujours vers la survie. Et si les mouvements sont parfois retardés c’est pour se caler sur les saisonnalités ou le meilleur moment afin de se donner plus de chances de réussir.

Eliminer la concurrence
Une précaution bien habituelle chez les animaux qui se livrent des luttes à mort pour éliminer la concurrence d’un autre mâle afin que l’espèce bénéficie des gènes portés par le plus fort. Comme les lions, les cerfs, les oiseaux etc. Exemple extreme des libellules mâles qui retirent de la femelle le sperme de l’accouplement précédent par un autre mâle avant d’y placer le sien.
N’est ce pas la priorité de l’entreprise pour assurer sa pérennité sur son marché que d’éliminer ses concurrents? Ils représentent un danger pour la pérennité de l’entreprise et tout doit être entrepris pour que leur action soit rendue vaine (Libellule) ou tout simplement qu’ils disparaissent.
Chaque entreprise devrait avoir un CEC. Chief Executive Concurence. Son role serait de diriger toutes les actions d’intelligence, d’élaborer les stratégies compétitives et de mettre en oeuvre toutes les opérations tactiques de neutralisations des concurrents.

L’urgence
La survie et donc la reproduction est si essentielle qu’elle est parfois la seule activité dans la vie de certaines espèces qui ne vivent presque que le temps de se reproduire. C’est le cas de beaucoup d’insectes qui ne vivent que 30 minutes et doivent se dépêcher de trouver un partenaire.
Les décisions qui assurent la pérennité de l’entreprise sont soumises à la même urgence. On ne peut laisser passer l’opportunité d’une adaptation sans risquer la vie de l’entreprise. Trop tôt ça ne marche pas et trop tard c’est terminé.
Chaque entreprise devrait avoir un CET Chief Executive Timing. Son rôle serait d’assurer que les ressources et les actions de l’entreprise soient mises en oeuvre au bon moment. La vitesse d’exécution et le moment opportun sont des clefs de succès et sont presque plus importants que la qualité des produits et des services eux mêmes.

L’assurance statistique face à la mortalité infantile et la prédation.
Les Hippocampes, entre autres, libèrent dans leur milieu aquatique des milliers de bébés, comme les araignées, les oursins, les grenouilles etc. Cette précaution statistique est une assurance pour garantir qu’il restera une descendance après que la nature ou les prédateurs aient prélevés leur lot.
Les entreprises doivent rester créatives et innovantes pour continuer de mettre sur le marché les produits et les services qui lui assureront sa pérennité. Et elles aussi doivent étudier de multiples prototypes afin que soient lancés le nombre suffisant de nouveautés pour assurer la continuation.
Chaque entreprise devrait avoir un CEI. Chief Executive Innovation. Son rôle serait de faire connaître en interne toutes les innovations qui touchent de près ou de loin les technologies utilisées dans l’entreprise et de les utiliser pour assurer une production innovatrice abondante en s’inspirant de l’huître dont il faut rappeler que chacune libère entre 20 et 100 millions d’ovules et encore plus de spermatozoïdes!

Conclusion.

Selon sa situation stratégique, chaque entreprise devrait périodiquement examiner son marché, ses sources de croissance, ses mouvements adaptatifs de pérennité et ses concurrents en se référant aux multiples stratégies que la nature a mise au point pour que les espèces survivent dans les changement climatiques, les bouleversements de leur environnement, la disponibilité de leur nourriture et la férocité de leur prédateurs.

Ce rappel de la nature remettra parfois au centre des préoccupations stratégiques des entreprises:

  • l’impérieuse nécessité de se structurer afin d’être capable de s’adapter,
  • l’obligation vitale de mener constamment des actions de surveillance et d’alerte,
  • le développement d’une culture du bon moment et le sens de l’urgence dans l’étroitesse  temporelle des opportunités,
  • la tragique obligation de se couper un bras s’il vous retient dans une position mortelle,
  • la redéfinition de son métier et le perfectionnement de celui ci uniquement,
  • le changement de métier si les paramètre économiques poussent vers l’obsolescence,
  • la guerre concurrentielle croissante si le marché est en décroissance,
  • l’innovation permanente même et surtout si tout va bien car rien n’est permanent.


Je voudrais remercier ceux qui m’ont aidé à écrire ces quatre articles:
Le Papillon, l’abeille, l’araignée, la fourmi, le champignon, le puceron, la lionne, le tigre, le caméléon, la biche, le corail, tous les oiseaux, Schopenhauer (le philosophe bien sur), l’amibe de terre, le Jaguar, le chien, le saumon, l’écureuil, la couleuvre, le singe, le koala, la vache, le mouton, le ver de terre, le lézard, la pieuvre, le cerf, les calamars, l’huître, la baleine, le flamand, le loup, le chat, le lophiiiforme, la dionaea,  l’heliamphore, le poisson archers, la grenouille, le tic, le moustique, la crevette fouisseuse, le Gobi, l’anémone de mer, le poisson pilote, le scarabée, le vautour, le homard, la loutre de mer, la hyène, le phasme, la biche, le lapin, la cigale, l’écureuil, le singe, la marmotte, l’hippocampe, l’oursin, les oiseaux mouches, les bourdons et tous les autres qui comme eux nous ont créé un monde organisé comme modèle à suivre.

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About DonCarol

Mentor and coach to managers and entrepreneurs. Author of an essay on cultural differences in work and daily life between France and America. Carries more than 20 years of experience in international fortune 500 corporations before to start his own company.
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1 Response to Parallèle entre les stratégies de survie dans le monde animal et le monde des entreprises. (4)

  1. Marc Annouchi's avatar Marc Annouchi says:

    Dans ton inventaire à la Prévert, tu as oublié le renard. Vulpes vulpes de son nom latin, le renard a une forte capacité d’adaptation aux conditions du milieu dans lequel il vit. Très opportuniste, il s’adapte à des milieux très différents et modifie son alimentation suivant le mois de l’année. Son opportunisme et sa grande faculté d’adaptation, qui lui ont permis de coloniser une grande partie de l’hémisphère nord, en font un des mammifères les plus répandus de la planète. Et encore merci pour ton feuilleton éthologique.

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